Au delà de nos rêves…

Nous voilà au terme de 19 mois de voyage, alors il ne m’est pas simple de vous quitter et d’écrire cette dernière page. Ce rendez vous avec vous me plaisait bien, l’écriture n’est pas une chose simple, et je n’ai pas les talents pour élever le récit, mais j’étais si heureuse d’avoir partagé avec vous notre aventure, de témoigner parfois, et surtout de faire vivre nos liens malgré la distance…

Mais avant de tourner la dernière page, nous souhaitions vous livrer quelques impressions car comment se balader pendant 19 mois sur un continent et ne rien en dire plus que :

 » c’était chouette !  »

Il n’est pas question dans ces quelques lignes de tirer des grandes généralités et d’en faire une vérité, juste témoigner d’impressions qui ne sont que les notres et qui dépendent tellement de la sensibilité de chacun.

Trois sujets nous ont poursuivi et interrogé pendant ce périple : les conditions de vie des populations natives, le racisme qui semble universel, et l’environnement.

  • Les conditions de vie des populations natives

Dès le Canada, nous sommes surpris du traitement infligé aux premiers habitants, nom pudique pour parler des indiens qui sont parqués dans des réserves où la pauvreté et le désoeuvrement sont patents.

Aux Etats Unis, nous nous attendions à une certaine discrimination de cette population, la situation nous a paru moins dégradée avec mêmes quelques communautés qui tirent leur épingle du jeu en gérant certains parcs tel que « Monument Valley ». Mais est-ce un signe d’intégration ?

Nous n’avons peu ou pas constaté de mélanges.

Plus au sud, au Mexique dans la région du Chiapas, les descendants des Mayas sont majoritaires et c’est toute la région qui a lutté pour que ces spécificités soient reconnues, les conflits semblent apaisés, mais malgré tout une grande précarité y est visible. Tout en étant au Mexique, nous avions l’impression d’être dans un autre pays moins favorisé comme le Guatemala tout à côté.

Et comment ne pas évoquer l’asservissement des indiens Boliviens jusqu’à l’élection finalement récente d’Evo Morales. Depuis la conquête espagnole, s’en est suivi un « asservissement d’état » bradant les richesses du pays à quelques compagnies étrangères, quelques privilégiés en récoltant les gains.

Pour nous, c’est le pays où les conditions de vie nous ont paru les plus dures des pays visités.

Et quel étonnement pour finir, en Argentine , dans le nord ouest andin, de constater que certains enfants issus des indiens n’ont pas accès à l’ école, pour certains malnutris comme nous en témoignera la présidente d’une association française.

Nous savons qu’il existe aussi des communautés Mapuche au Chili, population qui a résisté aux colons et aux Incas, et qui a lutté et qui lutte encore pour exister.

Alors que pouvons nous leur souhaiter ? Peut-être d’arriver un jour à une pleine intégration respectant les différences…

  • Le racisme qui semble universel

Notre première rencontre avec le racisme et le rejet de l’autre a été la vision du mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, construit à l’époque de l’administration Bush pour mieux se protéger des « envahisseurs » mexicains.

Pour nous européens, le symbole honteux du mur de Berlin est dans nos mémoires.

Au Costa Rica, il semble exister 2 pays, l’un habité par les descendants des conquistadors, et l’autre, côté Caraïbe où sont regroupés les descendants des esclaves noirs amenés jadis pour les exploitations des riches propriétaires terriens. On tentera plusieurs fois de nous dissuader d’aller dans cette partie du pays sous peine de nous exposer à la dangerosité de la population…

Jusqu’à un passé récent les noirs n’avait pas le droit de quitter la région et encore aujourd’hui, une seule route en permet l’accès.

Quant à nous, c’est la partie du pays que nous avons préférée, la plus authentique, la nonchalence caraibéenne nous ayant conquis.

Le pays voisin, le Nicaragua n’a pas non plus bonne presse auprès de certains costariciens, comme en Argentine vis à vis de la Bolivie nous entendrons des horreurs nous rappelant de tristes discours français envers les Arabes, et espagnols envers les Portugais…

Il semblerait que le rejet de l’autre soit universel.

Peut-être que l’Homme a ce besoin primaire de protéger le groupe auquel il appartient en rejetant celui qui lui apparaît comme menaçant ?

  • L’environnement

Et pour terminer, la question de l’environnement. Comment ne pas être choqués et tristes des conditions sanitaires dans lesquelles survivent certains ? Dans la majorité des pays que nous avons visité, nous avons constaté que les déchets ne sont pas gérés, jonchent le sol et les cours d’eau. Il n’y a aucun équipement mis à disposition de la population. Dès lors comment faire ? De plus, nombreux ont des comportements individuels non éduqués à la protection de l’environnement.

Le chantier du développement durable semble titanesque.

Comment la protection de l’environnement, qui engendre forcément des dépenses, peut-elle devenir une préoccupation lorsque le premier enjeu qui se pose est de manger et de survivre ?

Nous mêmes sommes plein de paradoxes en dépendant du pétrole pour faire rouler notre camping car !

Nous écrivons ces quelques lignes depuis notre auberge de jeunesse, devant le programme officiel d’information argentin … et le contraste entre le contenu insipide tournant en boucle et la réalité visible dans le monde tel que nous l’avons observé lors de notre voyage  nous effraye.

Allez allez Sandra, il va falloir fermer ce blog…non, non, encore un petit mot, un petit mot plus personnel!

Pas question de faire un bilan de notre voyage, bilan qui enlèverait du sentiment et de l’émotion à ces 19 mois, et finalement il n’a s’agit que de cela….

Ce voyage en famille marquera sans doute à jamais nos vies, ce fut un voyage extraordinaire de rencontres, de paysages époustouflants et de liberté. Ce fût aussi un voyage au cœur de ce que nous sommes et de remise en question sur nos vies, nos choix et nos façons de voir les choses. La proximité avec nos enfants ne fût pas toujours simple mais ce que nous retiendrons c’est le bonheur et la joie partagés à être ensemble malgré tout.

Merci à eux, nos chouchous, nos enfants qui ont donné le tempo, mis de la couleur à ce périple…Que nos souvenirs deviennent notre trésor.

Aujourd'hui, 31 janvier, jour de notre départ, Thaïs fête ses 14 ans.

Merci, nous vous disons merci à vous tous rencontrés sur la route, qui nous ont accueillis, aux voyageurs à pied, en camping-car, à vélo, en 4X4 et aux locaux  avec qui nous avons partagé l’essentiel, nous faisons le voeu que nos liens continuent de vivre au delà de l’exotisme du voyage. Nos pensées vont plus particulièrement à Alejandra, Fernando et Isabella…

Merci à nos proches, amis, famille, école, à tous ceux qui nous ont suivis, vos nombreux mails et commentaires nous ont tant touchés…nous espérons que le voyage fût agréable, que l’essentiel de notre voyage soit passé à travers mes récits. Qui a dit « loin des yeux, loin du coeur ??? De mon côté, je crois qu’il n’est possible de partir voir le monde que si vos racines vivent en vous…Et elles ont toujours été présentes et si vivantes.

Un merci plus particulier à Francis, Cynthia, Céline, Sébastien,  Rosie et Jean Claude qui malgré l’absence sont restés si présents dans nos vies…

Ce dernier merci va à Frédéric qui a donné des ailes à mon rêve…

Alors que pouvons nous nous souhaiter maintenant?   « juste d’être un peu moins ignorants sur l’Homme et la beauté du monde! »

Cette fois ci, c’est finit! Nous voilà….

Les Charles aux Amériques

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6 réponses à Au delà de nos rêves…

  1. CHARLES dit :

    En ce 1er février, nous pensons à vous qui voyagez au-dessus de l’Océan et vous souhaitons bon retour. Bisous.

  2. Betty dit :

    Bon retour vers nous !!!

  3. kiki halford lafaysse dit :

    Merci pour toutes ces émotions et ces sensations que vous nous avez transmises tout au long de ces mois de voyage. Sandra, malgré ce que tu dis, tu as un vrai talent d’écriture et de transmission.
    Merci, merci infiniment pour nous avoir fait partagé tous ces moments, ces paysages, ces impressions. Merci d’avoir pris le temps pour çà.
    Bon retour à vous 5 !
    Chaleureusement,
    Kiki

  4. chapoulie Guy et jackie dit :

    Quel dommage que ce conte de fée soit terminé!Pour nous qui ne quitterons jamais Tartarin, ces rendez-vous étaient un rêve; merci mille fois de tout ce que vous nous avez fait partager : le visage rayonnant de vos enfants confirme que le voyage est bien meilleur enseignant que tous les Enarques du monde ! A l’heure qu’il est peut être êtes vous chez vous ? Pourvu que vous ne souffriez pas de claustrophobie ?????????Nous vous embrassons tres fort et bon retour !!!!

  5. Remi et Jenn dit :

    Nous espérons que l’atterrissage s’est, malgré tout, fait en douceur !
    Lors de notre passage en Nouvelle-Zelande nous avons pensé à vous à chaque virage d’où surgissait sempiternellement un camping-car !
    Nous nous reposons en Caledonie avant d’attaquer la suite. Nous vous embrassons !

  6. Patrick GARNIER dit :

    Malgré l’atmosphère qui semble pesante dans cet épilogue, au moment de faire le clap de fin, il me semble ressentir en vous une espèce de sérénité d’avoir traversé votre rêve ! Encore une fois, et surtout parce que vous n’étiez pas obligés, merci d’avoir partagé ce beau voyage avec nous. Bon courage pour le grand plongeon dans la grisaille et le froid de février. Amitiés.

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